Tout est parti d’une idée saugrenue : et si la paix en Occident ne tenait qu’à un fil ? Si ce fil était en fait un sac de nœuds formant une grande boucle emmêlée qu’il faudrait plusieurs décennies pour suivre de bout en bout ? Chaque fois qu’on en fait le tour, une grande guerre* éclate. Comme ça, sans raison apparente. C’est juste le moment. Et si, à la réflexion, cette finalité cyclique se justifiait par la disparition de la génération qui a connu la précédente guerre ? Sans ces précieux témoins, les suivants seraient des âmes errantes sans repères, prêts à se foutre sur la gueule au moindre regard de travers. Réflexion personnelle sur les guerres d’aujourd’hui et la manière dont on les perçoit.

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DAESH, Russie, Chine... Quelques zones politiques semblent bouillonner dangereusement. Le contexte économique et l'ambiance populaire en occident semblent annoncer un ras-le-bol social assez significatif des périodes précédant les guerres, historiquement. Après lecture d'un dossier du Courrier International sur l'éventualité d'une troisième guerre mondiale, j'ai laissé mon esprit vagabonder dans une réflexion un brin angoissante.

Ce matin, j’étais tranquillement installé sur le siège de mes toilettes, essentiellement affairé à lire mon Courrier International (un dossier sur l’éventualité imminente d’une troisième guerre mondiale), quand j’ai réalisé quelque chose d’assez choquant : je n’avais plus de papier ! Enfin pas seulement… Après cette découverte hautement crispante, j’ai sursauté à nouveau d’effroi suite à un savant calcul opéré dans mon cerveau dérangé.

Si on part du principe que les grandes guerres mondiales font partie d’un processus cyclique, tout comme les grandes crises qu’elles viennent souvent conclure (nombreux sont les experts qui confirment cette idée). Si on est aussi d’accord pour dire que les guerres d’aujourd’hui sont de plus en plus mondiales, surtout dès lors qu’elles impliquent des nations occidentales, de près ou de loin ; souvent d’ailleurs pour de sombres histoires d’énergies fossiles, de conquêtes de marchés ou de recherches de ressources vitales. Mais c’est un autre débat. Si on estime que la dernière grande guerre impliquant pleinement** un pays occidental remonte à 1945. Alors comment pourrait-on essayer de deviner la durée du cycle de paix (ou de « grande paix » par opposition à la notion de « grande guerre ») en cours ?

Un raisonnement simpliste

J’ai raisonné très sommairement (pardonnez-moi mais je n’étais pas dans une posture facilitant une réflexion vraiment approfondie) et je me suis dit la chose suivante : « C’est la mémoire qui nous maintient en paix. » En gros ce sont les personnes ayant vécu une grande guerre, et pouvant encore partager des souvenirs de cette expérience, qui nous transmettent leur pacifisme. Tantôt de manière imagée (documentaires, photographies, cinéma…), puisque c’est ce qui fonctionne le mieux sur nos émotions, parait-il, donc indirectement sur notre mémoire. Tantôt de façon textuelle, à l’ancienne (un média en voie d’extinction).

Mais le meilleur canal de transmission, ça reste pour moi la parole, en face à face. C’est ce qu’il y a de plus réel. Qu’il s’agisse d’un grand-père confortablement installé dans son fauteuil ou un ministre proche de la retraite, le résultat est le même : dans les deux cas il y a fort à parier qu’ils auront un discours pacifiste. Du moins je suppose… J’imagine que les militaires de carrière, les marchands d’armes, certains politiciens ou lobbyistes, voire quelques nerveux frustrés, pourraient trouver un intérêt à une troisième guerre mondiale.

Mais dans l’ensemble j’ai envie de croire que les atrocités d’une guerre comme celle de 39-45 a du marquer les hommes (et les femmes) et ancrer des idées pacifistes dans les esprits de ceux qui l’ont subie. J’ai en effet le sentiment que quelqu’un qui n’a pas vécu une guerre ne sera jamais aussi convaincant, aussi instruit soit-il.

1940 + 80 = 2020

J’ai donc instantanément mis en marche ma petite calculette mentale et décidé arbitrairement qu’il fallait avoir au moins environ 5 ans en 1945 pour avoir ressenti véritablement la guerre et pouvoir s’en rappeler nettement, donc être né en 1940 au plus tard. Ensuite j’ai décidé, tout aussi arbitrairement, qu’il fallait avoir un maximum de 80 ans pour bien se rappeler de la guerre, au sens technique du terme, et ainsi en retranscrire fidèlement les détails à son entourage; le tout avec des moyens de communication modernes afin de susciter leur intérêt.

Je ne dis pas pour autant que passé 80 ans les gens contractent tous automatiquement la maladie d’Alzheimer ou se rapprochent d’une mort certaine. Je ne dis pas non plus que les seniors sont incapables de relater les faits de façon captivante. Non. Je me base plus ou moins sur les statistiques d’espérance de vie en Occident. Tout simplement. Tout ça, c’est de l’estimation rapide, en aucun cas une étude scientifique documentée, vous l’aurez compris. Faisons alors une bête addition : 1940 + 80 = 2020… Oups ! C’est bientôt, 2020, quand-même.

Sur les starting-blocks…

Personnellement je trouve que ça colle très bien avec le cheminement géopolitique actuel. Faudra-il vraiment plus de 5 ou 6 années à Poutine pour énerver l’Europe ou pour qu’il décide d’aller voir un peu plus loin que l’Ukraine si l’herbe y est plus verte ? Faudra-il vraiment plus de 5 ou 6 années à l’Etat Islamique et les autres djihadistes radicaux pour se regrouper, s’organiser et faire péter plus qu’un immeuble de 110 étages ? Faudra-il vraiment plus de 5 ou 6 années aux pays en fort développement (Chine, Brésil, Indonésie, Inde…) pour exploiter au maximum l’idée d’un développement guerrier ?

Je ne parle pas des conflits en cours ou à venir concernant l’expansion colonialiste occidentale visant à veiller sur nos ressources en énergies fossiles, en eau ou en denrées alimentaires primaires. Ça, c’est la routine et nous veillons à ce que ces conflits restent localisés loin de chez nous. A priori de ce côté-là on devrait être tranquilles pour au moins 20 ans de plus si on en croit les rapports les plus pessimistes. Ouf ! Tout va bien. Pour la suite, on improvisera le moment venu…

Qu’elles sont loin ces guerres qui ne nous touchent pas

Mais, attendez une minute… Dans ce cas-là, pourquoi ne pas prendre en compte les conflits incessants auxquels la France et l’Occident sont mêlés depuis des années (voir le récapitulatif des guerres impliquant la France, proposé par Wikipédia) ? Auquel cas la notion de cycle n’aurait plus beaucoup de sens puisque nous serions « en guerre » continuellement depuis plusieurs décennies (hormis les années 60-70 qui furent relativement calmes – quelle belle époque !).

Messieurs-dames, français, françaises, nous ne nous en rendons peut-être pas bien compte, mais nous sommes bien actuellement en guerre, au sens strict du terme. Oui… En Irak, en Centrafrique, dans le Sahel (Mali et Tchad entre autres). Sans parler des zones instables où des soldats français sont présents de manière plus passive : en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, au Kosovo et au Liban par exemple. Pour autant nous ne nous sentons pas vraiment en guerre. Pourquoi ?

Je ne sais pas vous, mais de mon côté je dois d’abord préciser que, sur le plan émotionnel, je me focalise surtout sur la France car j’ai de plus en plus de mal à me sentir concerné à mesure qu’on s’éloigne de ma position géographique. C’est sans doute mon petit côté égoïste et patriote.

Ensuite j’ai une définition toute personnelle de ce qu’est une grande guerre (voir les jolies petites astérisques tout en bas). En effet je distingue nettement les « conflits armés » et « La guerre » avec un grand L (mais avec un g minuscule pour ne pas trop la flatter). La guerre, c’est celle qu’on déclare. C’est celle qui nécessite que chaque citoyen prenne ses responsabilités et s’investisse dans le conflit, bon gré mal gré. C’est celle qui change profondément un pays. Comme en 14, comme en 39…

C’est quand la dernière fois que vous vous êtes investi dans une guerre ? Moi : jamais. Je suis né en 1978, en plein « flower power ». Les autres guerres je les ai observées de loin, passivement, à travers mon écran de télévision. Comme une bonne vieille série TV en somme. Pourvu que ça dure.

Ceci dit, mes angoisses guerrières ne sont pas à 100% franco-françaises. Je pense que si un autre pays occidental était pleinement* en guerre je me sentirais concerné. S’il s’agissait d’une lointaine et déprimante contrée à l’autre bout du monde, là où je n’envisage pas vraiment de voyager et encore moins de vivre, je le serais moins. En gros si des bombes explosaient aux USA, en Allemagne, en Italie, en Norvège etc, je me dirais : « Houla ! C’est la merde. On va partir en guerre nous aussi. » A titre d’exemple, je pense au cas très parlant du 11 septembre 2001. Alors que si ça se passait en Ukraine, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient, en Amérique Centrale etc, je me dirais sans doute : « Mouais… Une petite guerre de plus. »

C’est triste mais ça me semble réaliste. Il existe tellement de conflits armés dans le monde, tellement de guerres civiles et de répressions violentes, et ces événements sont tellement médiatisés (mais souvent traités ou interprétés en surface) qu’on se blase à la vitesse de la fibre optique.

Et pourtant, l’Ukraine c’est pas si loin

Personnellement, je crois que je ne m’estimerai en guerre que quand je me sentirai impliqué directement ou indirectement par le conflit. J’ai juste besoin de pouvoir m’identifier aux populations visées. D’où le « succès » de l’épisode du 11 septembre auprès des occidentaux. Pour une grande majorité d’entre nous, cet événement nous a fait penser « Ça pourrait nous arriver à nous ». Evidemment du côté américain ça a largement justifié une entrée en guerre (à distance quand même et avec des « frappes chirurgicales » uniquement) mais en Europe aussi, dans une moindre mesure malgré tout. Alors qu’en imaginant le même attentat en Chine, voire au Japon : est-ce qu’on se serait sentis aussi touchés ? Pas sûr… Question de culture sans doute. Donc de proximité. Et pourtant, l’Ukraine c’est pas si loin…

L’effet pacificateur du nucléaire et du Dollar

Si la Presse internationale (relayée chez moi par un abonnement au Courrier International) explore actuellement de nombreuses pistes en matière de guerre mondiale imminente, je reste malgré tout sur la défensive (hé hé !). J’ai l’impression que les décideurs de ce Monde, même les plus allumés, ont conscience de ce que signifie un conflit armé impliquant de grandes nations guerrières comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, la Corée du Nord ou l’Iran. Le spectre champignonneux du nucléaire reste bien présent dans nos mémoires ou notre imaginaire.

Et puis, aujourd’hui la guerre est clairement moins idéologique que par le passé. La priorité va au développement économique plus qu’au développement territorial (même si c’est lié). Il est toujours plus facile de faire une OPA ou de maintenir une pression diplomatique que de placer 100 000 hommes sur une frontière. Seuls les conflits religieux ou communautaires subsistent encore à cette vague capitaliste. Et encore, les frontières entre spiritualité, ambition et économie sont parfois si floues.

La menace d’une troisième guerre mondiale est bien là, pas loin, tapie dans l’ombre. Certains hommes forts semblent même avoir la main tremblante au-dessus du bouton rouge. Mais pour autant elle n’éclate pas. Elle reste localisée et relativement discrète chez nous. Jamais elle ne vient traîner ses guêtres dans nos rues. Le sang versé nous n’y sommes confrontés qu’en RVB ou en CMJN. Heureusement.

C’est que les enjeux sont énormes. Qui aujourd’hui serait assez fou pour reproduire ce que les livres d’histoire nous racontent ? Peut-être lui, ce jeune loup né sous les sunlights des années 80, dans un environnement préservé, presque hermétique à toute culture. Celui qui a suivi des courts d’histoire trafiqués par ses éducateurs ou lu des livres pas vraiment impartiaux. Lui qui n’a pas eu la chance d’écouter les histoires de son grand-père au coin du feu.

 



* par « grande guerre », j’entends une guerre comparable à celles de 14-18 ou 39-45
 
** « pleinement » dans le sens qu’une guerre de ce type implique la nation toute entière (pas juste le ministère de la défense, des soldats professionnels et nos impôts), que le nombre de soldats voire de civils tués au sein de la nation est importante, qu’elle a lieu en partie ou intégralement sur nos propres terres et que notre vie de téléspectateurs blasés est dès lors en danger. Une guerre totale en somme.
ET MAINTENANT ?
Creuser un peu plus loin

Le Courrier International dévoile en ligne une infographie permettant de comprendre les différents points de tension dans le monde : "Infographie animée : demain la troisième guerre mondiale"

Troisième guerre mondiale : vers la fin d'un cycle de paix ?
Un article issu d'une réflexion personnelle totalement infondée. Mais l'important ici, c'est plus la forme que le fond. Un trait d'esprit qui semble révéler les inquiétudes de l'auteur.
objectivité5%
qualité journalistique10%
qualité rédactionnelle50%
qualité des sources10%
temps de maturation20%
état d'esprit80%
Positif
  • état d'esprit
  • engagement
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Négatif
  • irréaliste
  • infondé
  • superficiel
29%Autocritic
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A propos de l'auteur

VUZZ est à l'origine du projet. Il anime le site et publie régulièrement (ou pas) des articles.

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