Cette série TV américaine, diffusée pendant l’été 2016 sur HBO, est une « mini-série » (le nombre d’épisodes et la durée sont limités) qui a connu très vite un fort succès critique et d’audience. Qu’est-ce en sont les atouts, les inspirations et pourquoi ce format semble idéal dans le paysage audiovisuel mondial ?

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L’ESSENTIEL

Une série TV qui se regarde comme un trèèèès long film

Je viens de finir de visionner le 8ème épisode de la série américaine The Night Of, diffusée sur HBO en 2016. Pour rentrer dans le vif du sujet, je dois préciser que jamais une série TV ne m’avait autant donné l’impression de regarder un film. La puissance narrative, la qualité de la réalisation (la photo est superbe !), le jeu des acteurs, la musique… Tout y est. Et tout se tient.

La progression de l’intrigue et les « cliffhangers » (accroches en fin d’épisode donnant envie de voir le suivant) sont si bien faits, qu’il est particulièrement difficile de se contenter d’un seul épisode et chaque décision d’en rester là devient un véritable déchirement. C’est simple je viens de voir le film le plus long de l’histoire : 8h environ.

Pour info, j’ai appris avant d’écrire ces lignes qui s’agissait d’une adaptation d’une série britannique de 2008 intitulée Criminal Justice et écrite par Peter Moffat. Il va falloir que je m’y colle…

The Night Of vs Breaking Bad

La tête d’affiche est tenue par Riz Ahmed qui fait parfaitement le job et reste très crédible tout au long de sa transformation d’un gentil garçon studieux au tolard endurci et tatoué (un peu à la Breaking Bad). John Turturro, le second rôle qui a tendance à « bouffer » le personnage principal, est fantastique, comme toujours. Il joue le rôle d’un avocat qui rode dans les couloirs de la police de NYC à la recherche de clients (sans parler des pubs dans le métro / un clin d’œil à Saul Goodman dans Breaking Bad ?). Les seconds rôles ne sont pas en reste (Riz Ahmed et surtout Mickael K. Williams déjà vu dans The Wire et Boardwalk Empire).

John Turturro n’était d’ailleurs pas le premier choix pour le rôle de John Stone. C’est d’abord James Gandolfini (Les Soprano) qui est pressenti pour la tête d’affiche, mais suite à son décès en 2013 on a parlé de Robert De Niro qui a finalement cédé sa place à Turturro pour raisons d’emploi du temps.

La critique du système judiciaire américain – et même plus largement de la société américaine – est évidente dans The Night Of. Mais de nombreux petits détails viennent s’immiscer dans le récit comme autant de pépites à découvrir. J’imagine que je n’en ai même pas détecté la moitié. Ce scénario est d’une finesse rare sans jamais être pompeux, intello ou trop complexe. Le parfait équilibre.

Un peu plus pêchu que Mad Men, un peu plus accessible que House of cards, un peu plus hollywoodien que The Wire. Presque aussi bien que Breaking Bad, dont The Night Of emprunte pas mal de codes, sans jamais tomber dans le plagiat.

 

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LE COMPLÉMENT

S’agit-il réellement d’une mini-série ou faut-il s’attendre à une suite ?

La boucle est tellement bien bouclée, en 8 épisodes seulement, qu’on en vient à se demander s’il serait utile de faire une saison 2. Ce n’est d’ailleurs vraisemblablement pas au programme de Richard Price et Steven Zaillian, les créateurs de The Night Of. Cette série a en effet été conçue comme une mini-série et c’est tant mieux. C’est un format qui me plaît et The Night Of en est peut-être le plus digne représentant que je connaisse.

Toutefois, un blogger en doute dans son article « The Night Of a-t-elle besoin d’une saison 2 ». Je suis d’accord avec son analyse. Ca serrait une erreur de tenter de la poursuivre.

 

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DIGRESSION

Les mini-séries ont-elles plus de potentiel que les autres ?

Pour moi, une série qui a été prévue en une seule saison tient rarement le cap sur les saisons suivantes en cas de prolongation. Trop de facteurs peuvent venir la dénaturer. Un complément ou un remplacement de l’équipe de scénaristes, un changement de casting, une lassitude chez le réalisateur, le scénariste ou les comédiens qui font la suite à contrecœur, des problèmes budgétaires, une équipe de production qui veut rendre la suite plus grand-public pour développer l’audience…

Même si on connaît d’excellentes séries sur le long terme (Breaking Bad, par exemple, ma référence ultime en la matière), je continue à penser que la mini-série est le meilleur format lorsqu’il s’agit de traiter une intrigue, qu’elle soit policière ou non. Ça évite de frustrer ou de lasser les spectateurs (et c’est trop souvent le cas) tout comme l’équipe de créateurs. Tout le monde y gagne. Seuls les producteurs ont du fric à perdre dans l’histoire.

Imaginez Lost en une seule saison ! Le finish aurait-il été meilleur (la saison 6 et tout particulièrement le finish bâclé a révolté tous les fans) ? Sans doute. Mais on aurait jubilé beaucoup moins longtemps (les 5 premières saisons conçues par J.J. Abrams étaient fabuleuses).

Réussir à captiver le public sur 5 à 10 saisons, c’est un pari très risqué que peu de « showrunners » sont capables de faire. A moins de jouer sur autre chose que l’intrigue. Les personnages, les dialogues, les situations (et la mise en scène), l’ambiance… Voici les outils les plus habilités à nous faire attendre la suite encore et encore. Sur le long terme, le scénario, l’intrigue ne suffit plus.

Toutefois, toute règle à son exception. Broadchurch, par exemple, qui semblait destinée à se boucler en une saison (une mini-série donc) a connu un tel succès qu’elle est revenue à la charge sans perdre (ou juste un peu – l’effet de la découverte en moins) de sa superbe. N’ayant pas encore vu la saison 3 (diffusée dès février 2017 en Grande-Bretagne), je suis dans l’incapacité de dire si cette bonne nouvelle se confirme.

Si The Night Of cède aux démons de la saison 2, espérons que ses concepteurs seront également à la hauteur et trouveront les bonnes ficelles pour renouveler le script mais surtout pour développer ce qui a fait le succès de la saison 1 : l’ambiance pesante, la lumière, les personnages, les dialogues… et John Turturro.

A propos de l'auteur

VUZZ est à l'origine du projet. Il anime le site et publie régulièrement (ou pas) des articles.

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