Souvent citée comme une des meilleures séries TV d’HBO, The Newsroom est pourtant mal connue chez nous. Quel dommage ! Au-delà de la qualité de ce programme, autant dans l’écriture que dans le casting, cette série devrait être diffusée à tous les étudiants en première année de journalisme. Réalisme, finesse, objectivité et humour. Du grand art.

Introduction et migration

Je viens de finir le dernier volet de la série TV « The Newsroom ». Emu et ravi de la qualité de cet épisode j’ai ouvert mon PC pour poster un article et je suis tombé sur une brève : « 33 migrants noyés en mer Egée »… Pourtant c’est bien sur un programme de divertissement que je vais écrire.

The Newsroom : présentation

Créée et écrite à 100% (rare pour une série) par Aaron Sorkin (l’auteur, entre autres, du scénario de « The Social Network » adapté de l’oeuvre de Ben Mezrich), The Newsroom est une série TV produite par la chaîne américaine HBO, bien connue pour ses productions de qualité (allez une petite parenthèse de plus, juste pour le plaisir du name-dropping : HBO c’est, entre autres, Games of Thrones, The Sopranos, The Wire, Oz, Six Feet Under, Entourage, True Detective, True Blood, Treme, Rome Deadwood…). Que du très bon.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, et ils sont nombreux en France, The Newsroom est une série mettant en scène une salle de rédaction d’une émission TV de type journal quotidien d’information nommée « News Night » sur la chaîne câblée ACN. Elle débute alors que l’émission prenait un tournant très divertissement (on parle alors d’ »infotainment »). Orientation que le patron de l’info de la chaîne, Charlie Skinner, va s’employer à faire revenir sur le droit chemin en embauchant un duo de journalistes engagés (Mackenzie MacHale et Jim Harper) qui vont rebooster Will McAvoy, son présentateur vedette et, derrière lui, toute une équipe recrutée pour l’occasion.

Un savant mix rythmé en duo

The Newsroom est une série particulièrement atypique. D’abord en raison d’un mélange à la fois étonnant et très réussi de politique, de psychologie, de poésie et d’humour. Imaginez deux secondes un DJ télévisuel qui mixerait House of Cards, Mad Men et The Office… Pas les pires références, hein ? C’est The Newsroom !

Ensuite cette série détone par sa rythmique. Des conversation géopolitiques parfois compliquées à suivre. Des dialogues à cent à l’heure riches de métaphores, de clins d’oeil culturels et médiatiques, où chaque réplique semble avoir été écrite avec un dictionnaire, une encyclopédie et un Zola sous le coude. Des vannes d’une finesse extrême… Je manque de superlatifs. C’est très bien écrit mais il faut être en forme pour suivre The Newsroom, car le rythme est effréné. Certains soirs, fatigué après le boulot, il m’est arrivé de devoir revoir deux fois d’affilée un même épisode pour être sûr de n’avoir rien manqué. Deux secondes de déconcentration et vous avez manqué un détail génial ou une info capitale qui vous fait perdre le fil de l’intrigue.

Enfin, ce qui frappe dans le scénario d’Aaron Sorkin, c’est ce concept de duos. En effet, les personnages principaux marchent tous en couples. Will et Mackenzie, Jim et Maggie, Don et Sloan. L’amour est omniprésent (aucune fiction ne fonctionne sans amour) mais il ne s’agit pas que de cela, et c’est très intéressant à observer dans le développement de l’histoire. En extrapolant un tout petit peu on peu même voir des couples illégitimes entre Neal et son bébé, le site d’ACN, ou Charlie et sa petite protégée, la chaîne ACN elle-même.

Les personnages (et la réalisation)

Impossible d’évoquer une série TV sans aborder ses personnages… Aussi nombreux que vous pouvez l’imaginer dans une salle de rédaction. Ils sont tous particulièrement bien travaillés. Je pense surtout à Will McAvoy bien entendu (Jeff Daniels, primé aux Emmy Awards pour la saison 1), particulièrement profond et drôle ; qui m’a d’ailleurs souvent fait pensé au personnage de Don Draper dans Mad Men. Et puis, juste pour la blague, c’est quand même dingue de se dire que ce type peut aussi bien jouer Will McAvoy que Harry Dunne dans Dumb and Dumber…

Il y a aussi Mackenzie MacHale (Emily Mortimer) qu joue à merveille un personnage tiraillé entre ses responsabilités professionnelles et ses émotions personnelles. Charlie Skinner (Sam Waterston) est aussi très bien dans la peau du vieux sage incorruptible. J’adore également Sloan Sabbith (Olivia Munn) la bimbo-économiste-de-haut-vol-geek, très drôle avec son côté asocial et sarcastique. Mais chacun des huit personnages principaux est vraiment bien écrit et bien joué. Le casting est au niveau de l’écriture.

Par contre je n’ai strictement rien à dire sur la réalisation… A croire que scénario et dialogues ont accaparé mon esprit. Rien de bien édifiant à présenter contrairement à l’incroyable Breaking Bad, pour ne citer que ce fabuleux chef d’oeuvre télévisuel, à tous points de vue. Mais je m’égare… Pour moi c’est net, après Breaking Bad (donc), Game of Thrones, Lost et Mad Men, voici le nouveau venu dans mon top 5 des meilleures séries TV.

Un final poignant d’intelligence

Quand j’ai vu l’avant-dernier épisode de The Newsroom (l’épisode 5 de la troisième saison : « Oh Shenandoah »), je me suis dit que je venais de voir le meilleur chapitre de la série. Et puis, au lieu d’enchaîner immédiatement avec le dernier, je me suis dit que j’allais me le garder pour un peu plus tard, histoire de faire durer un peu le plaisir. En allant me coucher je me suis mis à imaginer comment j’aurais fait si j’avais eu à écrire ce dernier épisode.

Ce que je viens de voir correspond très exactement à ce que j’avais en tête. C’est la première fois que je me sens autant en phase avec un auteur je crois. Aaron Sorkin a fait passer son message, comme à son habitude dans cette superbe série, tout en finesse.

Il a très certainement dû se poser la question de la conclusion de façon très sérieuse car c’est capital dans une série TV et rarement réussi (on se rappelle de l’immense déception de Lost). Etant donné l’aspect très critique de The Newsroom vis-à-vis des médias et de ce qu’ils sont devenus (des esclaves de l’audience, de la publicité et de l’argent donc du divertissement et du mensonge), fallait-il finir en happy-end  pour donner de l’espoir aux futurs journalistes ou, au contraire, oser le pessimisme pour montrer la réalité et faire réagir ceux qui se sont engagés sur la mauvaise voie ?

J’avais ma propre idée là-dessus et force est de constater qu’Aaron Sorkin la partageait. La série se termine très sobrement, de façon factuelle, exhaustive et objective : comme une actualité. Et c’est selon moi, exactement ce qu’il fallait faire. Pour autant, j’ai rarement été autant emballé et ému quant à la conclusion d’un film ou d’un épisode TV. Autant de justesse et d’intelligence (je me rends compte que je me jette des fleurs en fait en disant ça), c’est rare et particulièrement touchant. Comme quoi il n’est pas forcément nécessaire de balancer du violon à gogo, des larmes et un « twist » final façon Usual Suspect pour emporter les foules.

Monsieur Aaron Sorkin : j’avais déjà beaucoup aimé The Social Network, sans pour autant m’attarder sur son auteur, mais aujourd’hui je sens que je vais devoir suivre votre actualité de très près. J’attends impatiemment « Steve Jobs » écrit par Sorkin et réalisé par Danny Boyle. Un sacré putain de duo !

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