La liberté de la presse est violemment malmenée en France. Rien à voir avec une dictature mais la situation semble se dégrader nettement depuis peu. Je ne compte pas apporter de solutions à la crise des médias mais juste évoquer rapidement une piste de réflexion et même pourquoi pas un début de solution.

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Ce matin j'écoutais Paul Moreira à l'antenne de France Info nous expliquer comme il devenait compliqué pour les journalistes, surtout les reports/enquêteurs, de bien faire leur boulot en toute liberté, sans entraves, sans censure, sans influence, sans être pisté. Rien de nouveau même si la situation me semble plus mal barrée que prévu.

Face à la crise de la presse écrite, nombreux sont ceux qui brandissent la solution du numérique. Idem côté télévision et radio, qui semblent prendre doucement du plomb dans l’aile depuis l’avènement de Youtube et consorts. Le Web : évolution incontournable ou non ? Ce n’est pas le sujet de mon article. Mais en matière de liberté de la presse : est-ce que le digital va dans le bon sens ?

Depuis que les médias français (surtout la presse écrite) sont en crise, combien de rachats par des investisseurs pas forcément spécialisés dans le journalisme pouvons-nous recenser ? Libération, l’Express, BFM TV et RMC sont chez Drahi. Canal+ chez Bolloré. Le Nouvel Obs, le Monde, le Courrier International, et Télérama chez le trio Bergé, Niel et Pigasse (ce dernier possédant aussi à titre personnel Radio Nova). Dans le fond, peut-être que ces hommes d’affaire ont de bonnes motivations (l’avenir nous le dira) mais subsiste un problème de fond : à regrouper tous les médias influents dans le même panier on facilite le travail de celui qui aurait intérêt à les censurer. Il suffirait de se mettre dans la poche la personne (ou les personnes) détenant le décisionnel dans chacun de ces groupes pour voir l’information aussitôt bâillonnée.

Internet : la voie de l’indépendance ?

Messieurs les journalistes, je me garderai bien de vous donner des conseils déontologiques ou économiques, mais je sens nettement poindre l’idée que l’avenir de la liberté de la presse risque de passer par Internet. Pour diffuser vos documentaires, enquêtes et autres actualités, peut-être faudra-t-il un jour faire une croix sur la télévision, la presse et éventuellement la radio pour se tourner à 100% vers le Web. Là où l’indépendance a encore un peu de place pour s’exprimer.

Les réseaux sociaux ? Pourquoi pas, mais dans le fond 100 000 comptes Twitter retweetant un lien vers votre vidéo pourraient un jour être censurés d’un bloc puisque tout passe par une seule société pouvant fermer le clapet à ces 100 000 rebels en un clic. A ce jour Twitter semble encore plus ou moins indépendant, mais pour combien de temps ? Certains estiment-déjà qu’il y a eu des précédents de censure ou de manipulation chez Twitter à des fins politiques, étatiques voire éthiques (à lire : Twitter et la censure sur Wikipédia). C’est évidemment la même rengaine (voire pire selon la structure de leur capital) pour les autres : Youtube, Facebook et compagnie.

Non, finalement, le plus sûr en matière d’indépendance médiatique ça reste de diffuser l’info sur un large éventail de supports vraiment indépendants. Des petits sites d’information, des webzines, des blogs. Ces plateformes sont créées et gérées par des personnes si peu influentes prises une par une, qu’elles ne subissent pas ou peu de pressions. Leurs intérêts ne sont pas toujours économiques et, quand ils le sont, ils ne dépendent pas forcément de gros annonceurs ou de crédits d’état. Ces gens travaillent avec des outils dits « open source » comme WordPress, Drupal ou Joomla. Ces solutions (on appelle ça des CMS : Content Management System) permettent de proposer des sites professionnels de qualité sans dépendre d’un réseau ou d’une société à même de couper les vivres de ces journalistes/diffuseurs à la moindre incartade. L’avenir de l’indépendance médiatique : c’est eux. Ils sont des millions dans le Monde (il y aurait en 2014 75 millions de sites réalisés avec WordPress).

Ces sites, même s’ils n’ont pas de vocation purement journaliste, pourraient, s’ils adhérent à ce principe et aux valeurs des journalistes, simplement annoncer, relayer ou diffuser sur leurs sites les informations émanant de journalistes d’investigation. Comme un diffuseur. Comme TF1, comme France Info, comme Le Monde… Diffuser l’information auprès de milliers de petits et moyens diffuseurs plutôt que deux ou trois gros… C’est pas simple. Mais c’est faisable.

C’est encourageant. C’est un bon filon à creuser. Cependant le risque est réel, comme partout. D’abord un site WordPress (ou tout site créé en mode open source) est facilement piratable. Ok mais 100 000 sites ? Ensuite, un site de ce type doit être pris en charge techniquement par un « hébergeur ». C’est à dire que, bien souvent (mais pas systématiquement), les gérants de ces sites doivent sous-traiter la gestion technique de leurs médias (fichiers entreposés sur des serveurs). Ainsi, dans ce cas-là se retrouve encore confronté à un potentiel entonnoir favorable à la censure. Il suffirait de bloquer les hébergeurs de ces sites pour les rendre inaccessibles (ou les brider). Quand on sait qu’en France, certains hébergeurs commencent à être vraiment incontournables (OVH par exemple), nous voici face à une nouvelle faille pour la liberté de la presse.

Un réseau de sites Web indépendants pour concurrencer les grands diffuseurs

Mais pour l’instant, ce système n’est pas encore vérolé. Alors profitons-en ! Pourquoi ne pas créer un grand réseau de sites Web indépendants proposant chacun son propre contenu mais disposant aussi d’un espace de mise en avant de contenus externes de qualité (enquêtes, documentaires…) et labélisés ? Chaque annonceur du réseau diffuserait sur son site une information issue du réseau (sans obligation bien entendu) pour participer à une audience globale potentiellement plus forte qu’à la télévision.

C’est un peu le même principe que la concurrence des milliers d’artisans face à quelques grands industriels. Les artisans de l’information en quelque sorte… Un positionnement qui va dans le sens de ce que cherche à mettre en place le Spiil (Syndicat de la Presse d’Information Indépendante en Ligne), je pense. Connaissez-vous des initiatives de ce type déjà en place en France (n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire) ?

ET MAINTENANT ?
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La liberté de la presse tient à un fil de fibre optique
Un article un peu rapide sous forme d'état des lieux pas vraiment qualitatif sur le plan journalistique (100% sourcé en ligne sans vérifications ni recoupage) amenant à une recommandation à fond dans l'état d'esprit des Equilibristes.
objectivité20%
qualité journalistique10%
qualité rédactionnelle40%
qualité des sources30%
temps de maturation20%
état d'esprit100%
Positif
  • état d'esprit
  • engagement
  • travail de synthèse
Négatif
  • pas de vérifications
  • subjectif
  • superficiel / rapide
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A propos de l'auteur

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