COP21 : Marche pour le climat bloquée place de la République à Paris

Le dimanche 29 novembre à Paris, la marche pour le climat (en marge de la COP21) a été bloquée par la police autour de la place de la République. Photo-reportage et retour sur les événements.

Les faits

Les manifestants (parisiens, écologistes, anarchistes, anticapitalistes…), réunis vers midi, ont été « enfermés » au coeur de la place de la république par les forces de Police sans pouvoir manifester comme ils l’entendaient vers la place de la Nation. D’abord dispersé (certains petits groupes de manifestants ont tourné autour de la place pendant de longues minutes en scandant « Si on ne marche pas, ça ne marchera pas), le cortège a finalement fini par se former sous l’impulsion de l’organisation AL (Alternative Libertaire), entre autres.

Le convoi était relativement calme. Seul un affrontement rapide à noter avenue de la République, en tête de cortège, face à un mur serré de CRS : une explosion suivie de quelques projections de gaz lacrymogène et une feinte de charge de la part des CRS qui a eu pour effet de vite dissiper la foule. Le convoi a ensuite fait marche arrière vers 14h30 pour reprendre son itinéraire en boucle autour de la place.

Autour de cet événement, divers petits groupes et « happenings » dont certains s’étaient formés dans le cadre des Climate Games. Des clowns militaires/militants, des chaussures déposées sur le sol pour symboliser la marche manquée, des vélos customisés à la sauce écolo, des anges… Et évidemment de nombreux drapeaux et pancartes.

Plus tard d’autres tensions ont pu être observées place de la République entre quelques « casseurs » et militants radicaux d’extrême gauche confrontés aux CRS. A l’opposé, on a aussi pu noter de nombreux actes de violence des CRS envers des manifestants majoritairement non-agressifs.

Mes impressions

A titre personnel, mon sentiment est mitigé : l’événement pourtant très attendu et préparé de longue date par plusieurs dizaines d’associations et ONG semble avoir fait un peu « plouf » avec cette interdiction gouvernementale de manifester. Je pensais que, malgré tout, de nombreuses personnes auraient bravé cette annonce. Au final, j’estimerais la foule massée sur la place entre 5 000 et 10 000 personnes (sans aucune certitude évidemment). On est loin des objectifs d’avant le 13 novembre. Surtout après avoir vu la mobilisation de l’après Charlie. Rien à voir. Apparemment les enjeux sécuritaires emportent plus les foules que les enjeux environnementaux. Ou est-ce la peur du terrorisme et des interdits qui nous retient ?

Beaucoup d’anarchistes et de militants d’extrême gauche, presque autant que d’écologistes, quelques parisiens curieux (et calmes) ainsi que de nombreux policiers bien entendu. Mais ce qui m’a le plus sauté aux yeux, c’est le nombre d’appareils photo et caméras vidéo en tous genres (du reflex professionnel au smartphone en passant par les grosses caméras des grandes chaînes et les caméscopes de monsieur tout le monde). On aurait dit que les gens étaient plus là pour faire des images que pour manifester (moi le premier).

Heureusement que la chaîne humaine déployée le long du boulevard Voltaire (et que j’ai complètement raté) a relevé le niveau. Entre 5 000 et 10 000 personnes de ce côté-là, selon les sources. Sans parler des autres marches partout dans le monde.

Espérons aussi que les autres petits événements, dispersés dans Paris et ailleurs, prévus d’ici le 12 décembre (fin de la COP21) – et surtout le 12 d’ailleurs à priori – viendront gonfler l’impact de cette mobilisation jusqu’ici un peu tiède voire complètement hors-sujet pour certains. Quelques dizaines d’énervés clairement venus pour se frotter aux CRS, sans message clairement défini si ce n’est le rejet de l’autorité. Rien en comparaison des milliers qui avaient répondu présent et s’exprimaient paisiblement, souvent avec humour.

AJOUTÉ le 04/12/2015 SUITE AU VISIONNAGE D’UNE VIDÉO COMPILANT LES VIOLENCES POLICIÈRES :

L’attitude des forces de Police, dont la violence est sans doute « justifiée » et assumée par l’état d’urgence (et les ordres de leur hiérarchie qui en découlent), est clairement regrettable dans le sens où l’amalgame casseurs/manifestants semble vraiment probant. Attention à ne pas stigmatiser cette population de manifestants donc la très grande majorité reste pacifique et non-agressive. On sent assez nettement que le gouvernement a souhaité faire preuve d’autorité en expliquant aux manifestants qu’ils n’avaient pas le droit de manifester ce jour-là (d’où les arrestations). Pourtant, le droit de manifester (état d’urgence ou pas), tant qu’il s’exerce pacifiquement, devrait être un droit inaliénable. Je suis déçu de réaliser que, chez nous aussi, l’Etat peut parfois se révéler omnipotent sur la population.

A propos de l'auteur

VUZZ est à l'origine du projet. Il anime le site et publie régulièrement (ou pas) des articles.

Une réponse

  1. Ludz

    Ce qui s’est passé dimanche n’est le reflet de rien. A mon avis, ce n’étaient que des parisiens bobos pacifistes légèrement engagés et curieux, et des gens venus de partout en France qui ont pris la COP21 comme un prétexte pour faire résonner leurs revendications personnelles. Il n’y avait pas grand monde parce que les manifestations sont interdites en ce moment. Il y a un concours de circonstances pour certains. D’autres vont crier au complot et l’état policier. Je pense qu’il y a de l’opportunisme derrière tout cela venant des politiques et aussi des jeunes vénères contre la société… Mais finalement peu de « fondateurs », ces personnes positives et intelligentes qui savent construire en restant dans l’action civilisée (l’exemple des chaussures en est un je trouve).
    Voici une vidéo plutôt subjective mais montrant de longs plans séquences (30min) sur les abrutis qui ont provoqué les CRS qui ont fait dérapé une partie de la « réunion » à République: https://www.youtube.com/watch?v=0jYA1uATTEg. Je dis abrutis et signe et cite Alain: « Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre; par la résistance il assure la liberté ». Je trouve cela juste.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.